[Article] Les femmes dans la sécurité privée

Lentement mais sûrement, le secteur de la sécurité privée se féminise. Une nouvelle donne que les entreprises, à l’image de la société GORON, souhaitent accélérer.

Chignon impeccable, veste lissée, sourcils froncés en signe de concentration, les pas d’Audrey résonnent au petit matin dans le hall du vaste musée d’art contemporain dont elle assure la sécurité et la sûreté. Saluant les agents, inspectant d’un œil rapide les issues, elle vérifie que la nuit s’est déroulée sans encombre. Une ronde matinale ordinaire pour une jeune femme au parcours exceptionnel.

Entrée à la gendarmerie à l’âge de 17 ans, cette ancienne championne de boxe passe quatre ans à la garde républicaine. En 2013, elle rejoint la société GORON via le système de reconversion des militaires.

Son premier poste est celui d’agent de sécurité incendie sur un immeuble de grande hauteur. Douée pour le management, elle est vite repérée par ses supérieurs. En l’espace de quatre ans, à force de travail et de formations diverses, elle gravit plusieurs échelons hiérarchiques.

Aujourd’hui, à seulement 25 ans, Audrey est devenue responsable de site sécurité et sûreté. Accompagnée de trois adjoints, elle manage au quotidien plus de 120 agents, hommes et femmes, en majorité plus âgés qu’elle. Elle supervise par ailleurs toutes les opérations événementielles sur le site, impliquant parfois plusieurs dizaines d’agents.

Le métier se féminise

L’histoire d’Audrey est symbolique d’une mue du secteur de la sécurité privée : les métiers se féminisent. En 2015, les femmes représentaient 19% des effectifs totaux de la sécurité privée, contre 15% en 2014*. Une évolution lente mais constante.

Historiquement, les femmes ont d’abord été employées dans la sûreté aéroportuaire et dans l’événementiel. Aujourd’hui, on les retrouve dans tous les métiers de la sécurité y compris dans l’encadrement : aux postes de contrôle d’accès, chef d’équipe, contrôleur qualité ou encore responsable d’exploitation. Elles sont aussi très appréciées dans les fonctions SSIAP, notamment pour le secours à personne.

Quel que soit leur poste, les femmes répondent parfaitement aux compétences requises pour exercer les métiers de la sécurité privée. Les qualités recherchées par les recruteurs sont les mêmes que pour les hommes : rigueur, éthique, honnêteté, sens du contact humain. Sur le terrain, on apprécie leurs aptitudes relationnelles et l’efficacité de leur management : elles sont en général très organisées et vont à l’essentiel. Elles veillent par ailleurs à prendre des décisions justes et consacrent du temps à la communication. Une empathie naturelle leur permet de désamorcer plus rapidement que les hommes des situations conflictuelles.

Un secteur égalitaire

Si la parité dans les effectifs n’est pas encore atteinte, la sécurité privée met en avant l’égalité des chances et de traitement.

« Le débat homme-femme n’existe pas dans notre profession, explique Eric Chenevier, PDG de la société GORON. Hommes et femmes bénéficient exactement du même traitement, des mêmes conditions de travail ; il n’y a aucune discrimination, que ce soit pour les salaires ou pour l’évolution au sein de l’entreprise. »

Pour Audrey, la clé de la réussite est le management de proximité, fondé sur la compétence et la communication. « Les agents — notamment les hommes — me respectent. Mon âge n’est pas un problème car ils savent que je maîtrise mon sujet et que mes décisions sont prises seulement sur la recherche d’efficacité. Je prends soin de mes effectifs : je les reçois souvent dans mon bureau et surtout je suis avec eux sur le terrain. Je les écoute aussi sur leur vie privée et je suis arrangeante sur leur planning, ce qui n’exclut pas la fermeté lorsqu’il s’agit de recentrer la qualité de travail ». Le plus important est de créer de la cohésion au sein de son équipe, sans jamais verser dans le copinage, explique-t-elle.

Celle qui a connu une évolution de carrière fulgurante l’affirme : une femme a tout autant sa place qu’un homme dans la sécurité privée. « Si l’on est volontaire et motivée, le secteur offre rapidement des opportunités de formation pour évoluer ».

Des profils de plus en plus recherchés

Alors pourquoi, les femmes sont-elles encore si peu nombreuses dans la branche ? À l’image de GORON, les entreprises recherchent de plus en plus de profils féminins mais, les candidatures se font rares. C’est que le métier souffre d’un déficit d’image général, notamment auprès des femmes qui n’imaginent pas que la sécurité privée puisse les accueillir.

« En tant que société, notre meilleure possibilité pour changer la donne est de communiquer » explique Eric Chenevier. C’est ce que GORON a amorcé en lançant, fin 2016, une série de reportages vidéos mettant à l’honneur différents profils de femmes exerçant au sein de l’entreprise. Des femmes, souvent jeunes, inspirantes, passionnées par leur métier, dont le parcours pourrait servir de modèle et — pourquoi pas — révéler des vocations.

Au moment où nous clôturons cet article, nous apprenons qu’Audrey a obtenu son SSIAP 3 ainsi qu’un certificat de management de la sûreté. L’année prochaine, elle sera probablement inscrite en licence professionnelle.

*Source : enquête réalisée par le cabinet Institut I+C pour le compte de la branche